Bruno Desplanques - Mon oeil! - Collège Maxime Deyts - BAILLEUL - avril 2007

 

"S’il ne se connaît pas" (comprendre "s’il ne se voit pas") furent les mots de l’augure Tirésias lorsque Cephise et Liriopé les parents de Narcisse vinrent lui demander s’il vivrait longtemps.
D’une rare beauté, Narcisse éveillait le désir chez bon nombre de jeunes hommes et de jeunes femmes mais celui-ci méprisait leurs avances et refusait qu’on le toucha au point de provoquer le désespoir de chacun. "Puisse-t-il aimer, lui aussi, et ne jamais posséder l’objet de son désir !" s’écria l’un d’entre eux sans se douter que cette prière s’exaucerait …
Écho, condamnée par Junon, qu’elle avait détournée des tromperies de Jupiter par des bavardages prolongés, à ne répéter que les derniers mots des paroles entendues, tomba a son tour en émoi à la vue du jeune chasseur. Lorsque Narcisse s’écrie alors : "Plutôt mourir que de me donner à toi !", Echo répète "me donner à toi !" usant de ses faibles moyens pour tenter vainement de le séduire. Méprisée à son tour elle se consume, se dessèche et se transforme en rocher.
Par une chaude journée, voulant apaiser sa soif, Narcisse vint se coucher au bord d’une source limpide. Il ne se reconnaît pas immédiatement dans l’onde qui reflète son image et tombe éperdument amoureux de cette "illusion sans corps". Dans l’impossibilité d’étreindre l’objet de son désir qui lui sourit autant qu’il lui sourit, Narcisse réalise alors qu’il brûle d’amour pour lui-même, et ses larmes de dépit troublent son image dans le bassin… "Ce que je ne puis toucher laisse moi au moins le contempler ! Laisse moi fournir un aliment à ma triste folie !" implore t-il à lui-même. Épuisé de douleur, il frappe sa poitrine nue qui se colore sous les coups. A la vue de ses meurtrissures dans l’onde redevenue limpide, il n’en peut supporter davantage et se meurt en s’adressant un dernier "Adieu !"»
"Adieu !" répliqua Écho.
Alors qu’on préparait son oraison funèbre, le corps disparut.
A la place on trouva une fleur couleur safran aux pétales blancs.

D’après Les Métamorphoses d’Ovide , éd. de Jean Pierre Néraudau, Folio 1992



Bruno Desplanques et Vossart Thomas

<diapo>i1.jpg;i2.jpg<diapo>