Bélinda Annaloro, Antoine Defoort - Outside Bis - Collège Desrousseaux - ARMENTIERES - mars 2007

« On n’a pas besoin de White Box » Deux artistes investissent la salle de perm’ du Collège Desrousseaux à Armentières. Bélinda Annaloro y fait une « exposition spectaculaire » et Antoine Defoort un « spectacle expositionnel »

Cette exposition a failli ne pas avoir lieu. L’équipe pédagogique du Collège Desrousseaux s’était engagée lors de l’élaboration du projet à mettre à la disposition des artistes une salle d’exposition conforme au cahier des charges de l’EROA : murs blancs, cimaises, éclairage adapté… une ambiance quasi muséale. Au temps venu de signer la convention avec les artistes, force était de constater que nous n’étions pas prêts. J’allais, penaud, faire part de notre échec à Bélinda Annaloro et Antoine Defoort. Ils occupaient la Maison des Artistes de l’EPSM d’Armentières pour partager une résidence de recherche questionnant la performance, l’installation, la place du public… Le caractère à la fois paisible et carcéral du cadre architectural lié à la fonction de ce qui était autrefois un asile psychiatrique contraste avec une immense sensation de fantaisie ludique et de liberté induite par le climat de leur atelier. Dès lors, j’eu moins d’appréhension à leur annoncer ma peu glorieuse nouvelle. Je pense même qu’elle fut accueillie avec un certain soulagement : « on n’a pas besoin de White box ». Ils s’étaient l’un comme l’autre adaptés à la rigueur du lieu en détournant à leur profit des portions d’espace par le biais de la vidéo, d’installations colorées et séduisantes, de bricolages de génie, d’assemblages incongrus… L’œuvre génère sa propre bulle, nous sommes invités à y pénétrer ; y résister semble difficile, la curiosité nous y attire… soudain nous sommes ailleurs, chez eux, dans leur monde.

Bélinda Annaloro et Antoine Defoort acceptent de bon gré d’installer leurs œuvres dans une salle habituellement réservée aux permanences.

Bélinda Annaloro propose deux œuvres : RIRE est une série de quatre moniteurs assemblés où passent quatre vidéos visibles en même temps en boucle. L’artiste apparaît à l’écran sur quatre fonds différents constitués de motifs de couleur : ris rouge, ris bleu, ris vert, ris noir et blanc. Chaque image semble provoquer le rire de sa voisine, indéfiniment. Le rire est communicatif, le spectateur, comme pris à parti par un jeu de regards se laisse gagner et rit à son tour, tout en se demandant ce qui peut faire rire l’artiste.

« Ces vidéos se veulent être des peintures qui bougent, avec une notion de temps, et qui rient même… » « Voix ambiguë d’un cœur qui, au Zéphyr préfère les jattes de kiwis » est une œuvre participative. Bélinda Annaloro invite par mon intermédiaire, tous les élèves du Collège Desrousseaux, ceux de la SEGPA, ainsi que les élèves des écoles élémentaires de la circonscription d’Armentières à réécrire un texte. Il s’agit d’une lettre adressée aux participants les invitant à recopier tout simplement ce qu’ils lisent, en se réappropriant les mots, et en écrivant leur prénom et leur nom comme si chacun d’entre eux en était l’auteur. Chaque lettre sera accrochée côte à côte et donnera à voir l’infinie diversité des écritures des personnalités. « Les deux pièces présentées sont complémentaires et caractéristiques de ma démarche transdisciplinaire qui puise dans le quotidien pour en extraire des « tranches » et les mettre en scène. En effet, dans mes expositions, je mêle différents médias, ce qui crée une certaine profusion de détails et de niveaux de lecture différents. »

Antoine Defoort propose également deux œuvres. Comme si on n’était pas au courant, une installation vidéo composée d’un moniteur relié à un lecteur DVD. Des télécommandes démontées, trafiquées, bricolées avec des contacteurs en cartons permettent au spectateur, dans un premier temps de naviguer dans une interface animée conçue pour la circonstance, et dans un deuxième temps de visionner une sélection de vidéos, réalisées entre 2003 et 2005, mettant en scène l’artiste et ses complices. Chaque vidéo pouvant être à tout moment interrompue, relancée.

Liste des choses à faire : Antoine Defoort collectionne ses fiches d’activités depuis 2001, elles ont, dit-il des « qualités esthétiques et une potentialité poétique souvent sous estimées ». La présentation de ces fiches fonctionne comme une « machine à coïncidences » le spectateur se prend au jeu et mène une enquête sur le quotidien de l’artiste, il constate la récurrence de tâches sans cesse remises au lendemain, note l’évolution de certaines activités. Antoine Defoort vise ici « l’exaltation du trivial ».

On l’a compris, Bélinda Annaloro et Antoine Defoort puisent leur inspiration dans la vie, la vraie, dont ils théâtralisent les faits anodins. Ils en font des performances, des installations, établissent des connections de formes, de sens, de matériaux, de médias, mélangeant allègrement les arts plastiques et l’art du spectacle. Ils sont les concepteurs, les scénaristes, les scénographes et les acteurs (ou les performeurs) de leurs œuvres. L’une revendique la notion d’« exposition spectaculaire », l’autre de « spectacle expositionnel ».

Note : Bélinda Annaloro et Antoine Defoort exposent parallèlement  Vivat Place Saint Vaast à Armentières du 4 avril au 25 mai, ils montrent le travail qu’ils ont accompli pendant leur résidence à La Maison des Artistes. Les élèves, accompagnés de leur professeur d’Arts Plastiques, iront dans le cadre des cours visiter cette exposition complémentaire et y rencontreront les artistes.

Jacques Vancutsem