Bertrand Lavier, Philippe Bazin, Peter Campus - UN + DEUX + TROIS = ? - Collège Boris Vian - DUNKERQUE - avril 2009

Certes, pour cette nouvelle exposition dans l’eroa du collège Boris Vian, il y a bien : une vidéo + une installation composée de deux éléments parallélépipédiques + un cadre présentant trois photographies de visages…

Cela suffit-il à dire que cette somme est égale à six ? Serait-ce si facile ? L’alchimie subtile entre ces trois œuvres peut-elle se réduire à une si basique addition ?

De même qu’elles ne peuvent, chacune, se limiter à une simple explication de la technique employée ou de l’intention supposée de l’artiste, il est illusoire de trouver une solution lapidaire à une opération aussi évidente en apparence.

Finalement, telle est bien la question : chercher au-delà du visible et de l’épiderme des choses, les dépasser, voir en profondeur…

Or not to be. Le titre de l’installation de Bertrand Lavier nous met sur une piste. Difficile de n’avoir pas en tête l’amont et l’aval de cette phrase que prononce Hamlet dans la fameuse tirade écrite par Shakespeare au début du 17e siècle mais qui nous concerne tous, quatre cents ans plus tard : quel sens donnons-nous à l’existence des choses et à la nôtre même ? L’intérêt de celle-ci est-il purement comptable, dans une logique grégaire d’accumulation et de reproduction, comme on voudrait nous le faire croire ?…

La singularité et l’unicité de chaque visage photographié par Philippe Bazin, reproduit à travers le grain velouté de cette impression à jet d’encre, semblent éclatantes… Et ce, malgré la circonstance particulière de la naissance multiple dont ils sont issus.

Dans les Three Transitions de Peter Campus, l’artiste entre à l’intérieur de lui-même, se révèle, interroge sa dualité intrinsèque, disparaît et renaît encore, tel le phénix de ses cendres, par ces passages successifs d’un état à un autre. Mais est-ce bien cela ?

Parlant de la littérature, l’écrivain égyptien Alaa El Aswany disait récemment qu’elle « ne peut pas offrir de conclusions, seulement des indications »… Cela s’appliquerait-il donc à tout processus de représentation et de création ?…

Les liens, tensions et questionnements multiples qui émergent et se tissent entre les trois œuvres présentées seraient-ils le fruit de l’intensité de notre regard, de son acuité ? Et à travers lui, le ressenti qui en résulte dépendrait-il de l’activation de notre sensibilité, de notre degré de conscience, peut-être ?… Sans doute, l’art semble contribuer à aiguiser notre perception et notre compréhension des choses et de nous-même, voire de l’existence au plus profond…

 

Et c’est cette gageure à laquelle l’enseignement des arts, parmi d’autres, est sensé contribuer, en participant à l’épanouissement de personnes citoyennes, sensibles et éveillées, et ce tant bien que mal…

En arts plastiques et en amont de l’exposition dans l’eroa, ont par exemple été proposés aux élèves les questionnements : « Un monde en noir et gris et blanc », « Si proches et si différents à la fois », ou bien encore « 1+1+1+1+1+1+1+1+1+1+… = ? » …

Egalement, au cours de l’activité Création d’images numériques fixes et animées ( financée par l’aide aux collégiens) et accompagnés par l’artiste Fabien Soret, des élèves volontaires de 4e et de 3e du collège et de la segpa ont créé une installation vidéo autour de la problématique « De l’intérieur », incités par le visionnement en début d’année scolaire d’un extrait du film Le scaphandre et le papillon de Julian Schnabel d’après le récit de Jean-Dominique Bauby, et celle de l’installation Corps étranger de Mona Hatoum.

 

Oeuvres présentées :

Philippe Bazin Multiples, Triplés, avril 1997 2002 Tirage impression jet d’encre, 28/30 (Prêt d’un collectionneur privé)

Peter Campus Three Transitions 1973 Vidéo 4:53 (Copie sur DVD prêtée par la SAISON VIDEO, Lille)

Bertrand Lavier Or not to be 1979 Installation Bronze, bloc de peinture acrylique sur socle (Prêt du FRAC Nord-Pas de Calais)

 

Michel Ruelland

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