Bruno Desplanques - Comme un bruit de nature - Collège Roger Salengro - HOUPLINES - avril 2015

Mardi 7 avril 2015: rendez-vous à 9h du matin à l’atelier de Bruno Desplanques à Roubaix pour charger le matériel: des panneaux de bois, des tasseaux, des caisses contenant les peintures, de l’outillage. Les deux véhicules utilitaires chargés à bloc roulent vers le collège.

Bruno installe toute la journée: il monte des cloisons du sol au plafond dans le hall du rez-de-chaussée du collège. C’est un lieu de circulation, il y a les portes des bureaux de la direction et de la vie scolaire, de l’infirmerie. Les élèves qui pénètrent dans le bâtiment pour monter dans les salles de cours passent à proximité. L’installation se fait à la vue de tous.

L’odeur du bois est très présente, elle monte dans les étages, elle est étrangère et provoque les  premières questions.

Le soir, des cloisons créent des volumes anguleux qui obstruent la vue et perturbent le passage. Elles délimitent des volumes perdus. Bruno a fait en sorte que le parcours des utilisateurs soit contraint par son installation. En tout, 3 volumes saillent des murs, créant en tout 6 surfaces disponibles pour recevoir ses peintures.

 

Mercredi 8 avril : Bruno revient avec des caisses remplies de carrées en bois de 30 x 30 cm, chaque plaque de bois est couverte de tâches, râclures, gouttes de peintures de plusieurs couleurs. Ces carrés sont cloués à la suite les uns à côté des autres et se raccordent pour former progressivement un gigantesque tableau de plusieurs mètres de côté, qui recouvre chaque facette des volumes construits la veille.

 

Jeudi 9 avril: la vie continue au collège, chacun découvre et éprouve ce changement de l’espace, et une nouvelle circulation à travers le hall. On ne peut plus se parler d’une porte de bureau à une autre, on ne voit plus l’autre côté du hall depuis l’autre bout, le regard est arrêté par des surfaces de couleurs, des tâches.

 

Les jours suivants, jusqu’au 21 avril: les élèves viennent visiter l’installation plus en détails. Quelques  consignes sont proposées pour mieux voir: replacer sur un plan les interventions de l’artiste, tracer le nouveau parcours imposé au passant, se déplacer pour voir de loin, voir de près et constater les différences selon le point du vue. Réfléchir à comment ces tâches ont été produites: le hasard est-il toujours aussi évident? s’agit-il vraiment de tâches, ou la matière a-t-elle été déposée de manière choisie et volontaire?   Les élèves constatent qu’ils ont des ressentis différents devant les peintures: des tâches, des paysages, des impressions d’espace et de profondeur, il y a des échanges de points de vue sur ce qui est perçu et aussi, nous gardons un temps pour la contemplation.

 

Mardi 21 avril: les parents, les élèves ainsi que des adultes du collège viennent découvrir ou voir une dernière fois l’installation de peintures et rencontrer l’artiste Bruno Desplanques. Il a apporté certains des outils avec lesquels il travaille. Des discours et des remarques, ressort l’attachement à ce cadeau encombrant que nous avait fait Bruno pendant quelques semaines, et la crainte du vide qui va suivre son démontage.

 

Jeudi 23 avril: Bruno démonte ses peintures, comme dans un film à l’envers les carrés de bois sont décrochés et retournent méthodiquement dans des caisses de stockage. Puis les cimaises-volumes sont dépouillées de leur panneaux de bois, il reste l’ossature en tasseaux, et plus rien. Le hall retrouve ses angles droits et ses espaces vides.

Anne Lilin

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